Kitten on the Keys
Chris do Carmo: Bonjour Kitten, première question, es-tu Burlesque ou pas ?
Kitten on the Key: Oui, bien sur je suis Burlesque. Je prépare ma petite recette, avec ma propre musique un peu toquée et unique. Le Burlesque a pris ses racines dans la comédie et la satire sociale, en apportant ses pépites et sa sagesse dans les esprits. J'ai adoré essayer de traduire mes petits mots pailletés coquins un peu absurde au public français. Certaines personnes me disent que je ne suis pas Burlesque car je suis musicienne avant tout, mais pour moi sur scène je me considère totalement Burlesque.

Chris do Carmo: Depuis combien de temps es-tu artiste Burlesque ?
Kitten on the Key: Depuis plus d'une dizaine d'année maintenant. A partir du milieu des années 1990, j'ai commencé à jouer dans des Cabarets, des Queer & Drag, des boîtes de nuit à San Francisco . Avant cela, j'étais dans de nombreux groupes de punk toujours avec des filles et d'autres groupes psychedelic dont un avec Courtney Love! J'ai joué aussi du piano pour des travestis et des drag queens extravagantes, mon répertoire était en général Kurt Weill ou Showtunes Broadway. Puis j'ai travaillé dans un shop de costumes Vintage pendant des années. J'ai recueilli et collectionné de nombreuses partitions anciennes et des vêtements Vintage.
Vers la fin des années 90 à San Francisco un Neo Cabaret et Burlesque groupe voyait le jour, the Cantankerous Lollies and Harvest Moon; accompagné de leur impressionnant Orchestre, the San Francisco's Famous Orchestra Burlesque composé de légendes du Punk comme les Dead Kennedys, The Tubes, Flipper et Polkacide. Ces derniers m'ont contacté pour jouer du piano et chanter the Biff Bang Poom Pow; j'y suis allé et je n'ai plus jamais regardé en arrière. Je pouvais enfin jouer et chanter des chansons anciennes d'une manière totalement déjantée, le tout avec mes costumes que j'avais amassé depuis un moment déjà. J'étais aux anges. Puis nous avons commencé à faire des tournées et nous sommes devenus le groupe résident du Dixie Evan's Exotic World Ranch. Il s'agit d'un club mythique dans lequel nous avons joué pour les légendes du Burlesque comme Tempest Storm, Ricci Cortez, Dixie Evans, D'Milo et bien d'autres encore... J'ai participé à la première Tournée Nationale, et nous sommes également allé au Canada, accompagné d'un groupe intitulé Devotchka, et avec en tête d'affiche la superbe star du Burlesque, Catherine D'Lish; c'était en 2003.

Chris do Carmo: Quelles sont tes inspirations ?
Kitten on the Keys: Hum, je suis très inspirée par un mélange de mélodies, de styles et de personnalités. J'adore les musiques des années 20. A l'époque, les femmes perdaient leur corset, se coupaient les cheveux, et agissaient de manière scandaleuses. Les Flappers girls étaient de mauvaises filles, avec un fort appétit sexuel et aussi bien penchées sur les spiritueux. J'ai l'impression d'avoir un mélange de Flappers et de Punk Girl en moi. Il y a une jolie phrase que j'ai lu dans la presse Française me caractérisant: "Kitten on the Key is the Punk Rock Betty Boop".
J'aime beaucoup Shirley Temple des années 30 et de la période de la "Grande Crise de 29". Son boulot consistait à relever le moral d'une nation déprimée. Il s'agissait d'une tache très difficile pour une petite fille qui chantait et dansait. Elle faisait son travail pour animer le coeur des Américains. Regardez ses films lorsqu'elle était enfant, c'était la Baby Burlesque; mais vraiment, c'était très risqué.

Il y a également Freddie Mercury, j'ai eu la chance d'assister à un de ses shows à l'âge de 11 ans. Freddie était le premier artiste que je voyais en live, j'étais sidérée. J'adore aussi l'esprit et l'humour de Mae West, le glamour de Marlene Dietrich, Joséphine Baker, Alice Cooper et le pianiste Liberace. J'ai également eu un choc avec Elton John, il portait des Costumes extraordinaires et jouait merveilleusement du Piano. J'ai toujours été fasciné par les fortes personnalités et les icones gays.
J'ai eu la chance de grandir avec beaucoup de musique dans mon entourage. Mon père jouait de la batterie le soir dans les clubs de San Francisco North Beach, un haut lieu du Burlesque et du Strip Tease. Quand il était jeune, il est allé sur la route dans l'Ouest américain pour jouer de la batterie dans un trio Burlesque. Il a de vieilles histoires hilarantes que je raconte dans mes numéros, comme par exemple: "Does This Piano Makes My Ass Big?" Ma mère chantait régulièrement à l'église. L'église prenait une partie importante de ma vie quand j'étais petite. J'ai commencé à chanter et jouer à l'église dès l'âge de 3 ans!
Chris Do Carmo: Comment es-tu entrée dans la Troupe du Cabaret New Burlesque ?
Kitten On the Keys: J'avais l'habitude d'être une MC lors d'une grande Convention Burlesque: Le Tease O'Rama. J'ai participé à cette manifestation depuis sa première édition en Nouvelle Orléan. Kitty Harl, conservatrice culturelle du Lieu Unique à Nantes était présente cette année là. Une française était venue à Hollywood assistée à notre convention, c'était extraordinaire. Elle a décidé de choisir un mélange de filles, avec Kitten de Ville, MiMi Meaux, Dirty Martini et moi-même. Je me sens si chanceuse d'avoir été dans le Cabaret depuis le début. Kitty continue d'être notre directeur artistique et c'est trop cool d'avoir le seul artiste Pogo Strip-Tease alias Roky Roulette, l'artistique Julie Atlas Muz et l'effeuilleuse classique Evie Lovelle à bord. Il y en a pour tous les goûts dans notre spectacle. Ils sont tous talentueux et différents. Nous avons performé à Nantes, Lille, Paris, Amsterdam, Naples en Italie et puis bien sur dans Tournée.

Chris do Carmo: As-tu déjà rencontré d'autres musiciens dans ton style ?
Kitten on the Keys: J'adore les Tiger Lillies du Royaume-Uni. Je sens que nous avons une vision assez similaire et tordue du monde. Je les ai vus plusieurs fois à San Francisco et à Edimbourg lors du Festival Fringe.
Chris do Carmo: Pourrais-tu nous parler de ton expérience à Cannes avec le film Tournée ?
Kitten on the Keys: Honnêtement, je continue à me pincer, j'avais l'impression de vivre un conte de fée, Cendrillon allant au bal. Le projet de Matthieu était en préparation depuis très longtemps. Il a été voir plusieurs danseuses, au Tease'O'Rama, au New York Burlesque Festival, et bien d'autres revues. Quand j'ai entendu parlé du screenplay en 2007, j'étais persuadé qu'il allait faire jouer d'autres acteurs pour les rôles du Cabaret New Burlesque et qu'il allait trouver une fine actrice française fumant énormement pour apprendre nos trucs. Mais non, Matthieu voulait de vrais artistes avec leurs propres émotions. Les français aiment le film avec ses montagnes de tourmentes intérieures. Heureusement que j'ai les photos pour prouver que j'ai été à CANNES, cela ne semble pas réel.

Chris do Carmo: Tu as foulé le tapis Rouge au Festival de Cannes accompagnée de Dirty Martini, Julie Atlas Muz, Mimi LeMaux, Evie Lovelle et Roky Roulette, c'est bien ça ? Pourrais-tu partager cette expérience avec nous ?
Kitten on the Keys: Je suis tellement fière de mes amis burlesque et je suis très reconnaissante d'avoir eu cette expérience, car rien de tel ne m'arrivera jamais à nouveau. Nous avions tous nos propres styles sur le tapis rouge, j'y suis allé avec un look des années 1930 , MiMi était sophistiquée, Dirty était en Mrs Roper, Julie avait oublié sa culotte, Evie était une vraie déesse et Roky comme toujours rocked it! Nous étions très populaire, le ministre français de la Culture nous a dit que nous étions le clou du Festival! Wow, nous avons été invité à déjeuner dans des yatchs, et également faire la fête dans des chateaux.
Je t'ai raconté que Tim Burton était le Président du Jury ? Lors de notre rencontre, il nous a dit qu'il nous aimait vraiment. Une de mes idoles du cinéma Américain nous aime, c'est fantastique. Cela représente vraiment beaucoup. Les paparazzi étaient comme un banc de Moustique affamés et ils se déplacaient avec leur matériel comme des chiens enragés. Je n'ai jamais vu autant de lentilles aboyer devant moi. Lors de la remise des prix, j'ai échangé des conseils de style avec Kirsten Dunst et bavé devant Javier Bardem en coulisse. Je regardai Salma Hayek, j'étais émerveillée par ses courbes fascinantes, j'ai un copain punk rock a un grand faible pour son décolleté. TOURNEE a remporté le Prix de la presse étrangère et du meilleur réalisateur pour Amalric Mattieu! Quel gentleman, il a volé à notre secour de retour de Paris à Cannes pour que nous puissions le rejoindre sur scène quand il a remporté le prix. Quelle classe ce Matthieu!
Comme nous avions remporté un prix, nous étions invités à des diners dans de très élégants hotels. Lors d'une de ces occasions, nous nous sommes retrouvés à table avec Georges Lucas, Bennicio Del Toro, et même attention Martin Scorsese. A l'époque je n'avais aucune idée des retombées ou du succès du film. Je suis très reconnaissante de faire partie de tout cela.
Chris do Carmo: Et sinon, que représente Paris pour toi ?
Kitten on the Keys: Avant toute chose, je n'arrive toujours pas à croire que j'ai réussi à performer à Paris comme mon idole des années 20, Josephine Baker. Paris me fait penser à Edith Piaf; Serge Gainsbourg, Brigitte Bardot, les Cafés Scene, le Surréalisme, la Tour Eiffel, Proust, les intellectuels, le nouveau look, Coco Chanel, les caniches, la mode, le Moulin Rouge, le Cabaret et le glamour décadent.

Chris do Carmo: Tu voyages souvent, existe-t-il un endroit que tu aimeraies découvrir ?
Kitten on the Keys: J'adorerai performer à Berlin. L'époque Weimar m'a toujours intrigué. J'aimerai beaucoup aussi découvrir l'Amérique du Sud, je n'arrive pas à imaginer comment le Brésil est taillé visuellement. Je pense que mon amour pour le Brésil a commencé avec Carmen Miranda et son charme à l'écran.
Chris do Carmo: Pourrais-tu nous parler de la Kitten on the Keys enfant ?
Kitten on the Keys: Bon et bien j'étais une enfant créative et musicienne qui était toujours très occupée à faire des choses, pas forcément de bonnes choses d'ailleurs... J'étais un peu dissipée car j'avais beaucoup d'énergie et que j'étais très exubérante. D'ailleurs, j'étais surnommée Zuber!
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Chris do Carmo: As-tu trouvé ton amant français (french lover) ?(petite parenthèse à son intervention lors du spectacle le Cabaret New Burlesque)
Kitten on the Keys: J'aurai adoré trouver un amant français, mais jusqu'à présent je suis juste amoureuse de votre dessert.
Chris do Carmo: Nous sommes tous un peu triste car tu es retournée au Etats-Unis, prévois-tu de revenir dans un futur proche?
Kitten on the Keys: Je considère presque la France comme ma seconde maison. J'adorerai apprendre le français et pouvoir visiter un peu plus ce joli pays. Si je pouvais jouer du piano, du ukulele de l'accordéon et chanter dans différents clubs à Paris régulièrement, je pense que mon rêve deviendrai réalité.

Chris do Carmo: Prépares-tu des nouveautés pour le Cabaret New Burlesque prochainement ?
Kitten on the Keys: J'ai de la nouvelle matière pour le Cabaret tout à fait merveilleuse. Je suis toujours en train de rechercher, collecter et d'écrire de nouvelles musiques. D'ailleurs, j'espère pouvoir sortir un nouveau CD prochainement.
Chris do Carmo: Pour toi, quelle est la meilleure qualité à avoir pour réaliser une performance Burlesque?
Kitten on the Keys: Je pense que les performeuses doivent faire une connexion avec leur public, établir un contact avec les yeux, pour captiver leur âme, entrer dans leur coeur et laisser une empreinte dans leur cerveau.

Chris do Carmo: Un dernier mot pour les lecteurs de cette interview?
Kitten on the Keys: Merci Paris, pour avoir ouvert votre merveilleux coeur en chantilly pour moi.
More infos: www.kittymusic.com
Crédit Photos:
Becca Henry San Francisco
Jim Feierra Black and White
Valerie Archeno
M. Rauer
Still of Kitten from TOURNEE
Eve San Ramon (Vignette)
Larry Utley



