Entrevue avec Scarlett Diamond
Chris do Carmo : Première question, es-tu Burlesque ?
Scarlett Diamond : Si je suis Burlesque ? Oui car ce terme permet de se distinguer du strip tease d'aujourd'hui et car il fait référence aux danseuses du début du siècle. Je me considère plus proche de l'univers des grandes revues d'antan et du cinéma hollywoodien des années 40 que des icônes du Burlesques plus "Bump n' Grind" de l'époque, même si j'en apprécie quelqu'une d'entre elles. Je préfère employer le terme "d'effeuilleuse" car je le trouve plus approprié à ce que je fais, au niveau de la sensualité des gestes et de l'importance de la mise en scène.

Crédit Photo: Franz von Berlin
Chris do Carmo : Comment et depuis combien de temps es-tu tombée dans cet art de vivre ?
Scarlett Diamond : Cela fait 2 ans et demi que je fais de l'effeuillage, mais en réalité je faisais déjà de la photo pin-up, fétish, lingerie depuis l'âge de 17 ans. Du coup cela m'est venue naturellement de passer de modèle à la scène. Cela à été pour moi l'occasion de maîtriser l'univers dans lequel je me suis représentée et m'a permit de laisser libre cours à la création. Le Burlesque me donne l'occasion de lier mes divers centres d'intérêt à travers mes numéros dans lesquels interviennent la danse, la mode, l'art pictural, la scénographie et la musique. De plus j'ai toujours évoluée dans un milieu artistique, avec un père artiste peintre (d'ailleurs c'est lui qui a réalisé mon poudrier) et une mère couturière (qui à fait mes premiers costumes), et très jeune je me suis intéressée à l'art avec la pratique notamment de la danse classique durant huit ans au conservatoire à Paris. Ce qui me permet d'avoir une approche et une gestuelle plus classique, plus langoureuse, et une certaine posture sur scène...
Chris do Carmo : Quels sont tes références ?
Scarlett Diamond : Mes références sont variées. Je les puises autant dans l'art musical avec le jazz (Duke Ellington, David Rose, Glenn Miller..), l'électro, le down tempo, la new wave (The Presets, Winona, Hooverphonic, Moby... ) ou le Classique (Beethoven, Camille Saint Saens , Tchaikovsky, Samuel Barber...) et le renouveau du Classique à travers les grands compositeurs de musiques de films (Hans Zimmer, Danny Elfman, Philip Glass, Vangelis...) la peinture (Lawrence Alma Tadema, William Bouguereau, John William Godward, Georges Clairin, George Barbier, Erte, Mucha....) l'architecture et les arts décoratifs (néo classique, second empire, art nouveau, art déco) ; que dans la mode au travers de créateurs (tels que John Galliano, Zuhair Murad, Ellie Saab, Madeleine Vionnet, Zac Posen...) ; ainsi que parmi les effeuilleuses et actrices classiques (Rita hayworth, Mae West, Faith Bacon, Sally Rand, Sherry Britton, Lily St Cyr, Les Ziegfeld Girls...) ou encore par des figures plus modernes comme Dita Von Teese, Kylie Minogue et Immodesty Blaize...

Crédit Photo: Chris do Carmo
Chris do Carmo : Parles-nous un peu de ton parcours...
Scarlett Diamond : J'ai commencé l'effeuillage il y a 2 ans et demi suite à mes expériences de modèle pin-up. La première fois que je suis montée sur scène c'était dans le cadre d'une soirée organisée par Gentry De Paris au Divan Du Monde. Paradoxalement je trouve amusant de penser que c'était à l'occasion de la première soirée de Gentry et aussi la première vrai soirée glamour et classe organisée sur Paris. J'ai eu la chance pour ma première scène de partager l'affiche avec des danseuses comme Vicky Butterfly, Sugar Kane et Vienna La Rouge. Ensuite je me suis produit dans des salles Parisiennes comme Le Lup, Le China, Le Chacha, Le Zèbre à Bordeaux, Saint Tropez, Cannes ainsi qu'à l'étranger à Genève, Londres, Amsterdam, Marrakech... et tout récemment au salon de la lingerie comme égérie de la marque Maison Close ! Cela ma permis d'évoluer vers plus de professionnalisme et d'en faire depuis un an mon métier à part entière.
Chris do Carmo : Quelles époques te fascinent ?
Scarlett Diamond : Les époques qui me fascinent sont des époques de raffinement et de bon goût comme l'époque victorienne, la Belle Epoque et bien sur les années 30/40 et le glamour hollywoodien. Ce qui m'intéressent dans ces époques c'est autant l'architecture, la mode que l'art picturale ou la musique. C'est aussi une façon de vivre et de considérer les choses, par exemple je déplore l'époque d'aujourd'hui car on a perdu le gout de l'effort et du beau dans l'art comme dans le quotidien.

Crédit Photo: Andy Julia
Chris do Carmo : Tu es également Modèle Photo, tu as déjà posé pour de nombreux photographes. Penses-tu que les "effeuilleuses" peuvent facilement poser, ou bien s'agit-il d'un exercice à part entière ? Qu'est ce qui est plus compliqué, performer sur scène ou bien poser devant un objectif ?
Scarlett Diamond : Je pense qu'il s'agit d'un exercice à part entière même si les effeuilleuses, tout comme les acteurs ou les chanteurs, posent souvent pour les photographes. Transmettre une émotion sur scène et au travers d'un objectif sont deux choses distinctes. Pour la photo, le résultat dépendra aussi essentiellement de la complicité entre le model et le photographe, tant dans leurs univers que dans leurs ententes. Mais au final perfomer reste plus compliqué car tu es jugé en direct par le publique, de plus la moindre erreur sur scène est fatale contrairement à ce qui peut se dérouler en séance. Évidemment perfomer est aussi plus intéressant car tu composes ton propre univers selon tes envies et ton succès ne dépendra que de ton talent.
Chris do Carmo : Que ressens-tu sur scène ?
Scarlett Diamond : Pour moi monter sur scène est l'occasion d'exprimer toutes mes envies, et de libérer mon esprit créateur. Une fois sous les "Feux de la rampe" une multitude d'émotions me traversent, c'est surtout un profond sentiment d'accomplissement dans ma quête du sublime, j'ai envie de transmettre au public un moment magique et féerique.

Crédit Photo: Alexandre Lions.
Chris do Carmo: Tu performes en France et à l'étranger, constates-tu des différences au niveau des réactions du public ?
Scarlett Diamond : Oui effectivement il y a des différences : à l'étranger le public est plus réceptif car plus connaisseur, il montre son enthousiasme sans retenue pendant les shows. C'est différent mais les deux sont très agréables.
Chris do Carmo : Tu es une Parisienne, penses-tu que le Burlesque est particulier à Paris et en France comparé au Burlesque dans d'autres pays ?
Scarlett Diamond : Dans un sens oui, bizarrement en France et surtout à Paris on assiste à une montée du New Burlesque, plus humoristique, plus amateur et plus Rock'nroll alors que Paris est réputée pour son histoire de revues grandiloquentes (Follies Bergères, Moulin Rouge) et son univers glamour et raffiné. Néanmoins la coexistence du Burlesque Classique et du New Burlesque se retrouve dans tous les pays que j'ai visitée, je regrette juste qu'il n'y ait pas plus d'évènements ou de revues réellement Glamour sur Paris, comme son histoire pourrait le suggérer.

Crédit Photo: Aurore Colibert
Chris do Carmo : Nous avons l'occasion d'assister à ton numéro Opium ainsi qu'au numéro spécial Maison Close, Au Salon de la Lingerie tu avais beaucoup d'accessoires, très travaillés, très cosys. Pour toi quels sont les éléments les plus importants pour réussir un numéro Burlesque ?
Scarlett Diamond : Pour moi les accessoires et le décor sont élémentaires. La scénographie permet de passer d'un simple numéro de spectacle à une véritable conception artistique et visuelle. Je me sert des accessoires et des décors afin de créer une véritable histoire avec une thématique précise pour chacun de mes numéros, et ainsi produire une distance qui permet au publique d'assister et de se plonger dans une véritable "saynette" ou "tableau vivant".
Chris do Carmo: Quels sont les meilleurs souvenirs de tes voyages ?
Scarlett Diamond: Genève, le Palais Mascotte. C'est un endroit magnifique ou j'ai pu me présenter tous les soirs pendant 2 mois, ce qui ma permis de m'aguerrir. De plus l'ambiance y était très bonne et j'y ai passée de très merveilleux moments.

Crédit photo: Geoffrey Benoit
Chris do Carmo : J'ai cru comprendre que ton deuxième numéro au Salon de la Lingerie avait une orientation un peu plus fétish, changes-tu un peu de style, ou bien c'était uniquement pour le numéro ?
Scarlett Diamond : Effectivement mon second numéro présenté au salon de la lingerie pour la marque Maison Close a une orientation plus fétichiste et érotique car je commence le numéro masquée et enchaînée avant de jouer avec une cravache ! Ça peut surprendre ceux qui sont habitués à mon univers jazzy et glamour, mais en fait ca a été très naturel pour moi car j'ai toujours été sensible à cet univers, de plus c'est aussi un clin d'œil à mon passé de modèle pin up fetish. Mais non je ne change pas de style pour autant. Mon style est, et restera toujours très glamour, classique et rétro, néanmoins je vais créer des numéros avec des influences et des époques différentes. Ainsi "The Goddess of Winter", mon prochain numéro sur lequel je travaille, fait référence à la Grèce Antique une période que j'apprécie énormément, dans lequel se mêle des touches d'inspiration d'art nouveau, plus particulièrement de la serie de lithographies les "4 Saisons" de Mucha, ou encore d'une scène fabuleuse de Rita Hayworth dans le film "Tonight and Everynight".
Chris do Carmo : Si tu devais être un accessoire d'un numéro Burlesque, quel accessoire choisirais tu ?
Scarlett Diamond : Ha ha je ne peux pas vous le dévoiler car cet un accessoire que je projette pour un de mes futurs numéros très Ziegfeld Follies et je veux garder le secret dessus...désolé pour les lecteurs de Be Burlesque, vous devrez encore attendre un peu !

Crédit Photo: Serge Ricco
Chris do Carmo : Quel serait ton souhait le plus cher au niveau du Burlesque en France ?
Scarlett Diamond : Mon souhait le plus cher serait qu'il y ait de véritables revues glamour et grandioses dans les salles Parisiennes les plus mythiques. Paris à besoins qu'on lui rende ses lettres de noblesses pour les grands spectacles qu'elle nous proposait.ce qui serait idyllique c'est que l'Effeuillage reprennent sa place dans des tevues, au sein des théâtres et qu'il soit reconsidéré comme un "Art" comme en 1955, et comme un véritable spectacle artistique à part entière .
Chris do Carmo : Comment t'imagines-tu dans 5 ans ?
Scarlett Diamond : Toujours Effeuilleuse. Mais j'espère à un stade plus avancé. En tout cas j'espère que je vivrais toujours de ma passion et que j'aurais l'occasion de laisser libre cours à ma créativité.

Crédit Photo: Andy Julia
Chris do Carmo : Un dernier mot pour les visiteurs du site ?
Scarlett Diamond : Merci à toi, Chris pour ces questions pertinentes, et j'espère que les lecteurs en apprendront un peu plus sur moi ;) !
xxx Scarlett




