Entrevue avec Gypsy Wood
Franz Von Berlin : Gypsy, es-tu Burlesque ou non ?
Gypsy Wood : Oui je le suis et j'adore ça !
FVB : C'est quoi pour toi le Burlesque, quelle définition lui donnerais-tu ?
GW : Pour moi le Burlesque c'est une sorte de Vaudeville et une forme d'amusement typiquement américaine qui a été particulièrement populaire entre les années 30 et 50. Ce genre a ensuite perdu en popularité suite à l'arrivée de la révolution sexuelle. Les gens voulaient que les fllles soient toujours plus déshabillées, on voyait des sexes pour la première fois. Or, ce n'était pas compatible avec l'esprit du Burlesque. Mais récemment, ce genre est revenu en force en sous la forme d'une combinaison de petits mouvements qui y ont trouvé leur place, comme le cabaret ou le rockabily.
Enfin, je dirai que le Burlesque est aussi une façon pour les femmes de revendiquer leurs droits en se rendant élégamment sexy, sexy pour elle même, pour les hommes et pour les femmes. Et ce tout en l'exprimant de la façon dont elle le désire.
FVB : Tu as anticipé ma question suivante, est-ce que tu penses qu'il y a un lien entre le féminisme et le Burlesque ?
GW : Ce qui peut paraître étrange c'est que le Burlesque est d'une certaine manière tout ce contre quoi les féministe se sont battus. Pourtant il n'aurait jamais pu revenir si les femmes ne s'étaient pas battus pour leurs droits. Mais le lien réside dans le fait que dans ces deux mouvements les femmes ont leur indépendance et leurs propre moyens d'expressions.
Pour la petite histoire, ma mère travaillait dans un cabaret dans les années 70. Plus le strip-tease devenait populaire plus on lui demandait de se déshabiller. Elle avait fait le choix de toujours finir en bikini et de ne pas aller plus loin que le string. Mais elle a continuellement subi des pressions. Ce qui l'a amené à la fin de sa carrière a s'intéresser à la question féministe et notamment à lire Germain Greer, une écrivain importante du mouvement féministe. Cela l'a beaucoup influencé. A tel point qu'elle a choisir mes prénoms en fonction : Gypsy vient de Gypsy Rose Lee et mon deuxième nom Germain de Germain Greer.
FVB : Passons à un sujet plus léger, peux tu nous raconter une journée de Gypsy Wood ?
GW : J'essaye de me lever tôt mais je n'y arrive jamais (rires). Je déteste devoir me lever avec un réveil. Je commence par regarder mes emails et Facebook. Si je voyage je visite la ville, je vais voir des musées, je m'immerge dans l'art local et je rencontre mes amis. Quand je suis chez moi, je travaile mon physique : je fais du yoga et je suis mes cours de danse en cherchant à toujours garder le contact avec la nature. J'adore la nautre. Et à Paris je bois principalement des mojitos !
FVB : Est-ce que tu peux nous parler de ta carrière, de ses moments clés ?
GW : J'ai grandi dans un environnement scénique : mon pére est acteur, ma mère était danseuse, ma petite soeur est actrice et mon autre soeur est danseuse. C'est donc très naturel pour moi de performer. Pour ma part j'ai étudié la danse à l'école. Je voulais devenir danseuse de ballet. Plus tard je suis venu en Europe et j'ai assisté à des festivals de danse. C'était très excitant mais à cette époque je ne me sentais pas bien dans ma peau. J'avais l'impression que j'essayais de devenir quelque chose que je ne suis pas. C'était comme si je n'avais pas le droit d'être sexy ou glamour. Je pensais devenir une artiste de second rang.
Je me suis finalement retrouvé en Angleterre sans argent. On m'a proposé de travailler dans un petit club de strip-tease. J'étais surprise de voir comment les filles se portaient bien et acceptait leur corps. J'ai donc tenté l'aventure et me suis beaucoup amusé en gagnant beaucoup d'argent. J'ai adoré ça, c'était une super expérience.
En rentrant en Australie, j'ai rencontré les gens du Whoopee Club de Londres. Ils m'ont fait découvrir le Burlesque. Pour moi ça a été comme une révélation : ce mix de vintage, danse et strip-tease était le mariage parfait. J'ai donc commencé les shows burlesques avec succès et ma carrière était lancée.
FVB : Quelles sont tes principales influences ?
GW : Les artistes qui m'ont influencé sont : Kate Bush, Madonna, pour la musique, Fellini et David Lynch pour le filem. Pour ce qui est du burlesque et de la danse la liste est longue : Isadora Duncan, Ruth St Denis, Mae West, Loie Fuller, Sally Rand, Joesephine Baker, Gypsy Rose Lee, Lili St.Cyr, Betty Page, Dirty Martini, World Famous Bob, Julie Atlas Muz, Jo Boobs, Dita Von Teese, Catherine D'lish, Pina Bausch, Penny Arcade, et la meilleure d'entre toutes : ma mère !
FVB : Que ressens-tu sur scène ?
GW : Sur scène je m'abandonne, je deviens sauvage. Quand j'ai commencé ce métier, j'étais inquiète sur le fait de gagner de l'argent en faisant ce que j'aime, ma mère me disait "Tu ne peux pas acheter des applaudissements". Depuis, je me dis qu'à chaque fois que je suis sur scène c'est un moment particulier, que j'ai de la chance de le vivre et de pouvoir communiquer mes émotions à autant de monde en même temps. C'est mon instant "spécial".
FVB : Au Folie's Pigalle, où tu performais le mois dernier, la musique s'est coupée pendant un bon moment durant ton show. Pourtant tu as continué et tu as su plaire tout de même au public. Comment as-tu géré un tel moment ?
GW : Dans ces moments là, tu n'as pas vraiment le choix, tu dois continuer. La seule erreur que tu puisses faire c'est de ne pas te déshabiller. Par exemple, de nombreuses fois, durant mes shows, ma fermeture éclair ne s'est pas ouverte à temps avec la musique. Je n'ai pas arrêté pour autant car je savais que le public sera toujours de mon côté. Il suffit de vivre ces moments simplement.
FVB : Est-ce que tu aurais des conseils pour faire un bon show burlesque ?
GW : Le point important est que le Burlesque n'est pas une question de talent. Ce n'est pas comme dans un cabaret où les danseuses sont très expérimentées comme au Crazy Horse. Par contre, il est primordial d'avoir une mimique. Il faut se l'accaparer et en faire sa marque de fabrique, en étant original. Presque tout a déjà été fait en Burlesque, il est donc important d'y ajouter une touche personnelle.
Une autre aspect est de toujours inclure une référence culturelle ou politique. Pour ma part j'aime beaucoup m'amuser des hommes politiques quand je fais un effeuillage.
Enfin, il faut bien faire attention à l'ésthétique. Beaucoup de filles pensent que d'avoir un boa ou de porter de la lingerie Victoria Secrets suffit. A côté de ça la coiffure n'est pas faite, le maquillage est ratée. J'ai horreur de ça !
FVB : Que penses-tu de la scène burlesque française ?
GW : C'est intéressant car à Paris on retrouve de nombreux cabarets cultes comme le Crazy, le Moulin Rouge ou le Lido.Ce sont de vrais icônes pour les touristes. Ca parait étrange que la scène Burlesque commence à peine à prendre de l'ampleur. Toutefois, il faut reconnaitre que le burlesque est plus brut. Il est plus glamour même si moins stylisé mais il est surtout plus underground et toutes les formes de corps y sont acceptés. C'est peut être pour ça qu'il a fallu du temps pour qu'il émerge.
J'ai rencontré beaucoup de gens formidables ici. Je suis persuadé que lorsque je reviendrai ils auront encore progressé. De plus, comme beaucoup de gens s'intéressent à ce mouvement, il devrait continuer à grossir. Il faut aussi savoir que tout le monde à l'étranger voudrait performer ici. C'est vraiment un rêve de pouvoir se produire à Paris.
FVB : Est-ce que tu as aimé le public ?
GW : Le public est la plus belle chose que j'ai vue à Paris. J'ai adoré voir autant de gens venir à mes shows. J'ai tellement été impressionné d'avoir un public aussi grand, que je me sentais comme à un concert de rock !
Le public est français également très présents sur Facebook. J'ai reçu un nombre énorme de demandes d'amis après mon show à La Glitter Fever.
FVB : Est-ce que tu as appris des performeuses françaises ?
GW : Oui j'ai été surtout impressionné par leurs coiffures et leurs maquillages qui étaient toujours très réussis. C'est définitivement leur atout. Par contre je pense qu'elles devraient prendre plus de risques.
Lady Flo et Lada Redstar m'ont particulièrement inspiré par leur jeu d'acteur mais aussi par leur côté "hystérique".
J'ai bien aimé aussi l'amour porté à l'aspect "vintage". Par moment j'avais l'impression de voyager dans le temps. Le moment le plus fort était cette soirée privée sur le thème des années 20 organisée par Massimiliano et Sorrel.
FVB : Comment t'es venue l'idée de venir en France pour plusieurs mois ?
GW : J'ai vécu à Paris en 2002, où je travaillais pour le Pink Paradise tenu alors par les Guetta. C'était un des lieux hype du moment, je croisais beaucoup de stars (Sting, Bon Jovi, Christina Aguilera...). Je me suis vraiment amusé mais finalement je n'ai rien fait d'autres que de m'amuser. Je me suis donc dis qu'il fallait que je retourne à Paris pour mieux découvrir cette ville. Mon copain est un artiste de rue. Il souhaitait venir ici pour voir s'il pouvait en vivre aussi en France. J'ai donc accepté de l'accompagner. Ce que nous ne regrettons pas car notre séjour s'est très bien passé.
FVB : As -tu d'autres ambitions internationales ?
GW : Oui, j'aimerais beaucoup performer dans un pays où le strip-tease est encore tabou. Pouvoir choquer et révolutionner les moeurs est quelque chose d'assez excitant.
FVB : Si Lada Redstar retourne en Chine tu l'accompagnerais ?
GW : Of course !
FVB : Te souviens tu de la première fois où tu as perfomé ?
GW : Non pas vraiment. En fait, lorsque j'avais deux ans, ma mère devait me laisser à une baby sitter pendant qu'elle allait faire un spectacle. Elle s'est rendue compte que la maison de la baby sitter n'était pas saine, elle fumait beaucoup et c'était un peu sale. Elle a donc préféré m'emmener sur scène. Je jouais le rôle une petite sirène qui se faisait enlever. C'était ma première expérience sur les planches.
FVB : Peux-tu nous en dire plus sur le Burlesque en Australie ?
GW : La scène australienne est beaucoup influencée par le cirque. On a beaucoup d'écoles et d'artistes brillants. Ils respetent beaucoup le Burlesque assistent beaucoup aux shows. De même il y a une bonne scène de danse.
Le caractère vintage est très présent chez le public. Nous avons énormément de fans de vintage qui aiment partager leurs conseils. Il y a aussi une forte influence venant de Londres : Sugar Time, la première compagnie de Burlesque de Sidney, s'est inspiré du Whopee Club.
Ici aussi le mouvement est en pleine expansion, à tel point qu'un festival est prévu l'année prochaine. D'ailleurs, je serai heureuse de vous y voir !
FVB : Est-ce que tu fais toi même tes costumes ?
GW : De temps en temps, j'aimerais en faire plus mais bien souvent je les achète. Ma mère tient un magasin de vêtements vintages, j'ai donc régulièrement l'occasion de tomber sur des perles rares comme cette robe en velours rouge qui m'a coûté l'équivalent de cinquante euros.
Enfin j'ai un rapport particulier avec mes costumes, je les chéris et je fais attention à eux, ils font partie intégrante de ma vie. Ce sont comme des amis pour moi.
FVB : Tu trouves d'abord le costume ou la scène ?
GW : Ce qu'il se passe souvent, c'est que tu trouves quelque chose, tu trouves la musique et avant que tu ne le saches, tu as la scène. C'est fréquemment en tombant sur un costume que tu trouve le quelque chose. Donc on peut dire que la plupart du temps le costume vient avant l'idée de scène.
FVB : J'ai lu que tu avais joué devant le premier ministre Australien, comment en es-tu arrivé là ?
GW : Il y a une émission à succès en Australie qui s'amuse des hommes politiques. A l'éppoque il y avait un scandale sur le fait qu'il soit allé dans un club de strip-tease à New York avant d'être Premier Ministre. Il a annoncé qu'il ne se souvenait pas d'avoir fait ça à une conférence de presse. On m'a donc proposé de faire un show pour le piéger devant les caméras. J'ai tout naturrellement accepté. C'était dans la lignée de ce que je fais dans mes shows, c'était super pour moi.
FVB : As-tu d'autres projets en vue ?
Je vais rentrer en Australie pour différents festival artistes internationaux (comédie, cirque...). Je participerais ensuite à celui d'Edhimburg.
FVB : Un dernier mot ?
GW : Oui, je voulais juste dire que le moment le plus important d'un show est le moment où le soutien-gorge tombe. Tout le monde aime voir des filles top-less. Beaucoup diront que non, mais au fond ils adorent ça !
FVB : Merci Gypsy, nous espérons te revoir bientôt à Paris !
GW : Merci à vous !
Crédits photos : Frédéric Betsch, Beburlesque, Serge Ricco.









Bravo Gypsy! Tu vas nous
Bravo Gypsy!
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Lada