Volute Corsets
Caroline nous a accueilli chaleureusement dans son atelier autour d'un thé. Entre 2 clientes, elle a bien voulu répondre à nos question.
Bonjour Caroline.
MC: Etes-vous Burlesque et pourquoi ?
Caroline: Le burlesque est un univers dont l’esthétique me fascine, et qui est très lié à mon travail et ma passion, à savoir la création de corsets… Je suis d’ailleurs en train de réaliser des costumes de scène pour des danseuses burlesques d’une troupe parisienne en ce moment même!! Je me sens burlesque dans le sens où celui-ci reflète bien ma propre conception de la féminité, un érotisme joueur, conscient, et plein d’humour et de féerie à la fois… Par contre je ne m’habille pas du tout « burlesque » au quotidien, j’ai un look très casual ! Mais c’est un état d’esprit qui me plaît énormément.
MC: Comment vous est venue cette passion ?
Caroline: Depuis l’adolescence, je suis fascinée par les costumes anciens (surtout 18e et 19e siècles) – à 14 ans j'utilisais mon argent de poche pour acheter des livres sur l'histoire du costume !
Les corsets et leur univers de féminité assumée sont rentrés dans ma vie il y a 5 ans. Un intérêt éveillé avant tout par le net, qui m’a fait découvrir les sites de nombreux corsetiers (surtout américains : Dark Garden, Romantasy, Lace Embrace, Sheri Jurnecka…), le tightlacing, des forums réunissant des corsetières amateurs et professionnelles… Presque tout de suite, j’ai voulu m’en faire un. Puis deux, trois… et il était déjà trop tard. Très vite j’ai créé mon site, parce que j’avais envie d’en faire plein ! Pendant une longue période j’ai mené une double vie, travail de bureau le jour, et corsetière le soir, la nuit, le week-end… Je n’avais plus de vie ! Il a fini par falloir choisir. Arrêter définitivement l’un... ou l’autre. Et j’ai choisi l’aventure de la boutique Volute.
MC: Pourriez vous nous décrire une journée type de votre vie ?
Caroline: Oh, elle ressemble à la plupart des journées d’une personne qui va au travail tous les jours, rien d’excessivement glamour… à part le fait de travailler à longueur de journée dans un monde de soies et de dentelles ! Le métro-boulot-dodo prend une toute autre saveur quand c’est pour aller faire vivre sa propre boutique qu’on prend le RER le matin, et qu’on rencontre chaque jour plein de gens différents par leurs milieux, leur envies, leurs attentes… mais tous réunis par le goût du beau !

MC: Vous a-t'on déjà sollicité pour une demande très spéciale ?
Caroline: C’est peut-être un peu facile de répondre que chaque demande est spéciale, dans le sens où je ne fais que du sur-mesure, pièces uniques à la demande définies en discutant avec chaque client… mais c’est vrai, et c’est comme ça que je le ressens !
Histoire de citer des pièces particulièrement spectaculaire ou fortement chargées émotionnellement pour moi, je dirais par exemple cette tenue XVIIIe siècle complète, avec paniers, jupons, chemise, corset en toile de Jouy d’après un patron de l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert de 1776, manteau de robe « à la Polonaise » en soie… Ou cette très belle robe de mariée unique en velours frappé bleu nuit et brocard blanc et argent sur le thème de la lune, pour une jeune femme très ronde qui ne s’était jamais rêvée aussi « elle-même »… Ou ce corset pour un travesti mélangeant cuir, taffetas, dentelles, jarretelles, bretelles réglables, balconnets de soutien-gorge et anneaux de bondage…
Et bien sûr les tenues de scènes les plus diverses et variées déjà réalisées pour des chanteuses et artistes burlesques!!!

MC: Avez vous des préférences dans votre travail ?
Caroline: Que ce soit « mon bébé », bien sûr, cette boutique de corsets, et pas n’importe quelle entreprise où je vais travailler ; être au quotidien dans cet univers de beauté, de soies colorées, de jolies choses…
Mais aussi, je crois, la grande diversité de ma clientèle : contrairement à d’autres corsetiers, j’ai choisi de ne pas me surspécialiser (corsets fetish OU corsets de mariée…) et de rester ouverte à toutes les demandes…
MC: Pouvez-vous nous citer les occasions les plus courues pour porter un corset ?
Caroline: Précisément dans le sens où je n’ai pas de « client-type », les motivations et les occasions seront très très diverses pour chacun ! Pour vous donner une idée, j’ai fait des corsets pour des personnes de quinze à soixante-dix ans, qui ne les portent bien sûr pas toutes aux mêmes occasions. Des mariées, souvent atypiques, des gothiques romantiques ou « cyber », des amateurs de medieval fantasy, d’autres de reconstitution historique, des pin-up glamour, des fétichistes… Des jeunes femmes invitées à un mariage ou une soirée chic, qui veulent aussi pouvoir remettre leur corset dans des soirées plus « casual », avec un jean… Des gens qui veulent en porter au quotidien ou presque sous leurs vêtements, pour une silhouette impeccable… Des artistes pour leur tenue de scène…

MC: Comment ressentez vous personnellement la montée du Burlesque en France et à Paris ?
Caroline: Cela commence à prendre, il y a des spectacle, des cours, un intérêt des médias (pour le meilleur et pour le pire…), mais je trouve que c’est encore trop balbutiant…
Si le nom de Dita von Teese commence vraiment à dire quelque chose aux gens et leur permet de mieux comprendre de quoi il s’agit, et de différencier le burlesque du strip-tease de bar sans mise en scène ni humour, il est un peu agaçant de constater qu’en dehors d’elle ça reste encore trop marginal. Quand je vois ce qu’est la scène burlesque londonienne ! Et aux Etats-Unis, et même en… Suisse !
MC: Le sentez-vous réellement dans votre travail ?
Caroline: Je n’ai pas, à mon grand dam, constaté un plus grand nombre de demandes clairement burlesques ou d’esprit pin-up. Mais peut-être que cet « esprit burlesque » qui commence à flotter par chez nous, aide de façon détournée plus de femmes et jeunes filles à dépasser timidité et complexes et à accepter leur féminité, et à oser le corset, qui sait ?…

MC: Ou pouvons nous vous croiser ?
Caroline: En dehors de ma boutique Volute, au 80 rue des Gravilliers, 75003 Paris (www.volutecorsets.com), j’essaie de tenir des stands sur des événements burlesques, comme récemment le Paris Tease de mars 2009 au Bizz’Art, et sur des petits salons de créateurs (là je prévois le Freaky Market en octobre).
MC: Qu'avez-vous à dire à tous ceux qui associent torture et corset ?
Caroline: Que j’avais exactement les mêmes clichés qu’eux au début !
Bien que passionnée, comme je le disais, par l’histoire du costume historique depuis une quinzaine d’années, et ayant réuni une bibliothèque conséquente sur ce thème, je dois avouer que sur le sujet précis du corset j’ai eu longtemps les réticences et les clichés absurdes qui y sont encore trop liés dans les esprits (« instrument de torture », les femmes s’en sot « libérées »…), et que c’est vraiment leur (re)découverte dans l’optique moderne des corsetiers contemporains vus sur le net, qui a provoqué le déclic. Ce n’est que plus tard que je les ai rattachés à ma démarche de longue haleine de recherches historiques « de fond ».
Et que, comme d’habitude quand on s’intéresse de près à un sujet et lis des choses sérieuses, on s’aperçoit qu’on traînait une quantité énorme de gros clichés idiots et faux avec soi !
Je vous invite à lire le gros article que j’ai écrit presque seule dans Wikipédia sur « Corset »…
Aujourd’hui, mes clientes s’exclament souvent lors des essayages que c’est bien plus confortables qu’elles n’imaginaient, certaines trouvent même un soulagement pour leur dos, en particulier si elles ont une poitrine un peu forte.
J’insiste sur le fait qu’il est très important d’écouter ses sensations, cela doit rester avant tout un plaisir… Même si le corset maintient le buste très droit -impossible de se pencher, de s’avachir- il ne doit pourtant pas trop serrer les côtes ni les hanches, la vraie pression se fait seulement une bande de quelques centimètres de largeur à la taille. Il y a une notion de contrainte, mais il ne doit jamais y avoir de notion de douleur.
Le corset d’aujourd’hui est un objet esthétique et ludique, sensuel et fantaisie qui attire les femmes plutôt sûres d’elles-mêmes, conscientes de leur sexualité et de leur séduction. Et qui souhaitent avant tout plaire à leur propre regard, pas forcément à celui des hommes. Elles savent se faire plaisir à elles-mêmes ! C’est ce que j’appelle le féminisme mature, pas celui, disons, des années soixante-dix pour qui tout était oppression et exploitation. Aujourd’hui on sait que l’on peut être à la fois féminine et féministe. Les filles qui viennent me commander des corsets sont plutôt dans cette optique-là, celle d’une sensualité assez maîtrisée, assez auto-consciente, et elles ne manquent certes pas de caractère !
MC: Merci beaucoup de nous avoir accordé un peu de votre temps, d'avoir bien voulu répondre à nos questions, un dernier petit message, conseil aux visiteurs… ?
Caroline: Je vois défiler tant de filles en train de s’autocritiquer, complexées parce qu’elles ont trop de ci, pas assez de ça… J’envisageais de monter une « bourse des échanges »… Cependant, elles osent se mettre en valeur avec un corset et ça c’est génial.
Vous êtes belles, les filles, assumez-le et ne névrosez pas sur des détails bêtes ! Faites-vous plaisir, la vie est trop courte !
L’exemple des artistes burlesques d’aujourd’hui, aux physiques extraordinairement divers, montrent que toute femme peut être sexy… si elle en a envie !
Je laisse le mot de la fin à cette citation, de mémoire, d’un journal de mode de 1902, sur la dose de volants et dentelles convenable à ajouter à ses jupons :
« All women should add frou-frou over frou-frou till they can’t frou-frou anymore ».
MC: Pour conclure, Caroline fait de fabuleux corsets nous vous invitons à découvrir son travail.





