Marie Meïer

Lorenzo LaMotta : D'ou vient ton inspiration pour les portraits de pin-ups que tu réalises ?
Marie Meïer : Quand je travaille sur un portrait d'effeuilleuse en général j'ai réalisé une sorte d'enquête avant. Je vais voir ses shows, je lis des choses sur elle avant de lui envoyer une interview. J'essaye de coller à sa personnalité mais je reste moi. J'ai été très influencée par l'art médiéval et sa capacité de narration à travers les symboles. Je tente de faire de chaque portrait une image à part qui ne ressemblera en rien à la précédente.
Quel plaisir éprouves-tu en réalisant ces portraits ?
Marie Meïer : Dans ces portraits je suis mon propre chef, c'est une vrai bouffée de liberté dans mon travail, un espace d'expression ou je peux me laisser aller à mes envies. J'aimerais en faire plus et passer à la scène européenne mais chaque image demande un certain temps et du temps j'en manque parfois. C'est ma seule frustration.

Tu viens du monde du rock, quels sont pour toi les similitudes entre le rock et le Burlesque ?
Marie Meïer : Probablement l'énergie et parfois le côté provoc' qu'on retrouve beaucoup dans le New Burlesque. Je pense par exemple à Cherry Lyly Darling qui est impressionnante de pèche sur scéne, comme une fender bien accordée. Ou encore à Mimi de Montmartre qui est presque une incarnation burlesque du rockabilly / psychobilly.
Via ton site (Burlesque Corner), tu as interviewé beaucoup d'effeuilleuses. Peux-tu nous donner ton impression globale sur ces femmes qui osent l’effeuillage sur scène ?
Marie Meïer : Il y a autant de façon de voir la scène et d'envisager l'effeuillage que d'effeuilleuses. Certaines y voient une forme de thérapie ou de catharsis, ce que je conçois tout à fait, d'autres le font pour le glamour, le côté vintage et d'autres encore parce qu'il s'agit de scène et d'un peu de reconnaissance. A la question précédente je parlais du concept pour définir le développement d'un univers propre. C'est une chose à laquelle je suis sensible. Certaines artistes burlesques travaillent vraiment dans ce sens là, elles tiennent leur personnage à la perfection. Je pense par exemple à Juliette Dragon, qui, à mon sens, s'est imposée comme l'une des figures emblématiques de la scène française parce qu'elle "tient" son personnage. D'autres au contraire s'étiolent un peu trop dans le glamour pour le glamour, le joli ou le côté petite fille qui joue avec des habits de dame sans vraiment en comprendre le sens. Faire du burlesque ce n'est pas juste être sexy et faire un strip. C'est de l'effeuillage dans le sens noble du terme. Ema Montes avec sa Petite Cours Des Astres l'a très bien compris et au delà du fait que leur shows sont très glamours il y a une vraie réflexion derrière, des références solides qui dépassent le simple cadre du burlesque et qui, du coup, transcendent le "juste beau". Certaines ne comprennent pas cet intérêt de sortir du burlesque pour mieux y revenir, pour nourrir leur pratique et font des shows sans saveurs. De même pratiquer le burlesque juste pour se désinhiber, ça n'a pas plus de sens pour moi. Je comprends tout à fait la cathartique de la chose mais ça ne suffit pas pour faire un show. La catharsis demande une " sublimation " pour en être une. Et pour sublimer il faut comprendre à la fois ce qui te fait du mal mais aussi lui donner une forme qui ni gratuite, ni sans âme. Les shows new burlesque des Kisses Cause Trouble, par exemple, ont pour fond ces questions mais elles ont vraiment construit un mode d'expression qui va au delà de la seule question de la fêlure ou du complexe. C'est le fond pas la forme. Les frontières sont très ténues, j'en suis consciente, mais savoir ou elles se trouvent c'est aussi devenir un vraie artiste burlesque.

Penses-tu que les tatouages de certaines effeuilleuses burlesques donnent une image vulgaire, en décalage avec les codes universels du burlesque ?
Marie Meïer : Je ne crois pas qu'il y ait des codes universels pour le burlesque et si il y en a ils sont faits pour être changé. Le burlesque comme toutes pratiques artistiques est une reflet d'une époque. Que l'on fasse référence au burlesque d'antan, soit mais aujourd'hui les temps sont différents. Une effeuilleuse peut très bien porter des tatouages sans que cela soit choquant.
Vous vivez prés de l'Allemagne (en Alsace), sentez-vous Outre Rhin un vent burlesque?
Marie Meïer : Le burlesque en Allemagne a une histoire presque aussi récente qu'en France. Bien sur comme en France des artistes le pratique depuis longtemps, parfois sans le savoir, mais l'engouement n'arrive que maintenant. A Lindau va avoir lieu le premier festival international Burlesque. L'organisatrice, Miss Piranja me disait justement qu'il était parfois difficile de monter des shows burlesques. Il s'est d'abord développé dans les milieu Rockabilly , psychobilly et les concentration de voiture kustom. C'est une suite logique à l'amour de ces milieux pour les pin up. Je crois qu'une des premières villes à avoir ses soirées burlesque a été Stuttgart. Depuis on en compte à Berlin ou encore Francfort.
Nous sommes aussi frontalier avec la Suisse dont le burleque a un essor un peu similaire à la scène allemande. L'artiste la plus connue est Zoe Scarlett qui est proche d'une Dita Von Teese mais les Suisses osent parfois aller plus loin que le burlesque que j'appelerai classique. A Bâles, Zurich et Lausanne sont montées les soirées Cabarets Bizarre qui réunissent des artistes new burlesques dont les shows sont plus sombres, plus étranges, plus freakshow que ce que nous connaissons avec des gens comme Vivid Angel ou Missy Macabre.
C'est trés interressant de voir comme chaque pays accueille le burlesque. Pour moi les modéles Européens à suivre reste l'Angleterre et la Finlande.
Le burlesque est-il plus qu'une mode ?
Marie Meïer : Nous sommes dans une période ou le burlesque est à la mode. C'est très bien pour le faire entrer dans le coeur du grand public. Aux Etats-Unis c'est presque une institution et je souhaite que cette mise en lumière de la pratique burlesque donne assez d'essor à la scène française pour perdurer au delà de l'effet de mode. Je pense d'ailleurs que c'est seulement dans deux ou trois ans qu'on aura une réponse et surtout je crois qu'une sélection naturelle se sera opérée entre celles dont c'est réellement la vocation et celles qui sont là parce que c'est fashion.

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