Dynamita Kommando alias Claire Vasseur
Franz Von Berlin : Bonjour Claire et merci d'avoir accepté cette interview. On commence par notre question fêtiche, es-tu burlesque ?
Claire Vasseur : Oui, je suis burlesque dans l'âme, depuis gamine j'ai toujours aimé tout ce qui est rétro et décalé, j'adorais écouté les disques de ma grand mère comme Mistinguett ou Damia. J'admirais ses robes. Donc l'univers du burlesque me colle bien à la peau et je m'y sens moi même.
Franz Von Berlin : Parle nous un peu de ton parcours avant le Crazy, ou plutôt dis nous ce qui t'a amené jusque là.
Claire Vasseur : C'est tout bête, ma famille regardait le Crazy Horse a la télé pour chaque nouvel an. Même moi toute petite j'étais autorisé à le voir. Dès le début, je me disais :"Je veux être sur scène là bas avec les autres filles".
Lorsque je prenais mes premiers cours de danse, ma professeur de l'époque m'a proposé de faire du Music Hall Cabaret. Elle m'a fait faire Mistinguett, Marylin Monroe et bien d'autres. Et donc arrivée à 18 ans je me suis lancé et j'ai passé l'audition. Je ne suis pas rentrée du premier coup. J'ai dû m'affiner un peu pour y arriver.

Franz Von Berlin : En 1999 tu rentres au Crazy, quelle image avais-tu du lieu et qu'est-ce qui se passe pour toi à ce moment là ?
Claire Vasseur : J'étais hyper flippée. Je n'allais pas danser pour un spectacle de fin d'années ou pour une compagnie. Je mettais les filles du Crazy sur un piédestal, elles me semblaient inaccessilbes. Et voilà d'un coup je me retrouvais parmi elles. Mais rapidement je me suis rendu compte qu'elles étaient des filles comme moi. Je me suis donc moins mis la pression... Sophia Palladium, chorégraphe à l'époque et ancienne danseuse m'a mise tout de suite en confiance. Surtout qu'à 18/19 ans ton rapport à la séduction n'est pas le même que quand tu en as 30, donc ça aussi ça s'apprend et elle m'a bien aidé à ce sujet.
Arrivée là bas, j'ai été suprise par le côté très strict du lieu et son caractère hyper sain. C'était comme une institution de jeunes filles, un internat. Nous étions vraiment prises en main jusqu'à nos vies privées. Nous devions faire attention à nos fréquentations. C'était à tel point que les parents n'avaient aucune crainte malgré le côté sulfureux du lieu qui aurait pu en effrayer plus d'un.
Franz Von Berlin : Est-ce que le Crazy est aussi glamour qu'il en l'air vu de l'intérieur ?
Claire Vasseur : Ah oui ! Tu rentres dans les loges ça sent la poudre, le maquillage, il y a des costumes partout. Tout le monde est au petit soin avec toi, tu es très bien choillée. Seuls certains garçons de salle qui ont une permission spéciale d’entrée dans les loges sont là pour te demander si tu as besoin de quelque chose et ils te vouvoient. C'est aussi glamour dans les coulisses que sur la scène.

Franz Von Berlin : Tu passais beaucoup de temps à t'entraîner ?
Claire Vasseur : Il y avait souvent plus de deux répétitions générales par semaine. Par contre il n'y en avait jamais le week-end. Elles commençaient à 14h pour se terminer à 18h. Nous répétions cinq à six fois d’affilées sans relâche un numéro d'ensemble jusqu'à ce qu’il soit parfait. Le reste du temps c'est aussi intensif. Tu termines à 18h et tu enchaînes avec deux ou trois spectacles. Et lorsque tu rentres des shows, il est 2h du matin. Il y a donc un bon rythme pas toujours facile à tenir.
Franz Von Berlin : Quels sont les rapports entre les filles ?
Claire Vasseur : En majorité c'est plutôt entraide. Bien sûr, on s'entend pas avec tout le monde, mais la plus souvent il y a des liens qui se tissent. Mine de rien, tu passes beaucoup de temps avec les autres filles surtout en tournée. Donc il y a beaucoup plus de rapports sains que de jalousies. Et si jamais il se produisait quelque chose, la direction mettait le hola tout de suite.
Franz Von Berlin : Aurais-tu une anecdote à partager ?
Claire Vasseur : Il y en a plein ! Je me rappelle de cette fois, à Monaco, où une fille s'est déboitée l'épaule sur scène ! C’était Nini Capitale, elle s'est fait cela pendant un solo le Champagne Taste.
En grande professionnelle, elle a continué son show jusqu"au bout ! Mais une fois dans les loges il a fallu appeler les pompiers ! Je vous laisse imaginer la scène : ils étaient ravies de la découvrir encore en costume de scène et à moitié dénudée !
Finalement, elle est partie dans le camion de pompier et est arrivé comme ça à l'hopital avec son maquillage et costume de scène et heureusement un peignoir en plus ! Elle doit encore en sourir aujourd'hui.
Franz Von Berlin : Parlons maintenant de toi en dehors du Crazy. Quand on voit ton CV on se rend compte que tu te consacres pleinement à la danse, quels sont les styles que tu préfères et que tu pratiques ?
Claire Vasseur : Quand je dis cabaret jazz, j’utilise ces deux termes connus pour définir une danse émanant directement de mon imagination, de ma sensibilité artistique : une danse lascive sensuelle et théatrale toujours classe et qui reste subtille. Pour les musiques, celles qui me font vibrer sont les musiques rétros qui balancent beaucoup, d'où mon attrait pour le jazz. Enfin j'adore le tango Argentin surtout pour son côté dramatique, je l'ai pratiqué également.
Pour ce qui n'est pas rétro, j'aime les artistes tels que Joy division, New Order, Deaf In June, Dead can dance, Cure, etc. Ce sont des musiques qui m'inspirent beaucoup. J'aime aussi faire des numéros sur ce style de musique, plus actuel.

Franz Von Berlin : Comment tu en es venue à donner des cours ?
Claire Vasseur : C'est venu assez simplement, quand je parlais de mon parcours artistique, les femmes me disaient souvent : "Tu as de la chance d'être montée sur scène !", "J'aurais beaucoup aimé faire ça !". Mais souvent ces femmes n'avaient jamais fait de danse et n'appartenait pas à ce milieu. Elle rajoutait donc "C'est dommage on ne trouve pas de cours de danse avec un style cabaret et music hall". Moi-même c'est quelque chose que je ressentais quand j'allais dans certains cours de jazz, cela manquait un peu de sensualité. D'autant plus que ce sont des cours mixtes. Je me suis dit, il y a aussi les cours d'effeuillages mais c'est finalement différent. L’art de l’'effeuillage est magnifique mais c’est une discipline différente et certaines femmes ne veulent pas se dénuder. Donc je me suis décidé à faire ce cours. Je me suis lancée, j'ai créé la danse "Cabaret Jazz", lascive et sensuelle, j’ai pu adapter les chorégraphies que je faisais pour moi, pour mes solos et pour ma compagnie... J'ai toujours beaucoup d'inspiration : cela fait trois ans qu'à chaque stage je change de chorégraphie, d’univers et de musique. Je ne me suis toujours pas épuisée !
Franz Von Berlin : Tu parles de stages mais pas de cours ?
Claire Vasseur : Un stage dure 2h ou 3h tandis qu’un cours 1h15 en générale et il y a un suivi toute les semaines pour travailler une chorégraphie
La plupart de mes clientes sont dans la vie active ou ont des enfants donc des cours réguliers ne leur correspondent pas toujours. Je fais deux stages par mois, mais quelqu'un qui ne souhaite assister qu'à un stage trouve toujours son bonheur !
Franz Von Berlin : Tu as l'air passionnée quand tu parles de tes élèves. Quand on voit les reportages on sent que tu crées un rapport particulier avec eux. Est-ce que cest quelque chose que tu recherches ?
Claire Vasseur : Pas particulièrement, ça vient très naturellement. Ce que je fais me passionne et j'ai toujours le trac avant un stage. Au début particulièrement quand j’ai commencé les stages il y a trois ans ! Les élèves ne s'en rendaient pas compte car elle devait l'avoir aussi. Quand une femme arrive dans un cours de danse elle a toujours un stress d'autant plus c'est une danse ou tu donnes beaucoup de ta personnalité. Quand j’étais élève j’ai souvent eu cette angoisse d'être jugée par le prof ou les autres élèves. Donc pour leur éviter ça, je fais tout pour qu'elle soit à l'aise et les mettre en confiance. Résultat, elles ne se retrouvent pas dans un cours ou les filles se jugent entre elles. Donc voilà forcément, il y a un rapport particulier qui se crée.

Franz Von Berlin : Qui sont tes élèves ?
Claire Vasseur : Il y tout âge, rien de général. Il y a celle qui aurait aimé faire ça quand elles étaient jeunes. Certaines filles sont timides réservées et se lâchent à l'occasion du cours, elles se sentent elle même.. D’autres justes pour le plaisir de danser ou se perfectionner ! Il y a celle qui veulent rentrer au Crazy et qui souhaitent avoir quelques conseils.. Une fois j'ai même eu une ancienne du Crazy !
Hormis ça les filles viennent de toute la France : Bordeaux, Marseille, Lilles, Amiens... C'est très gratifiant de voir qu'elles sont prêtes à se déplacer à travers la France pour mon cours !
Enfin pour ce qui est du niveau tu as des très bonnes danseuses comme des filles qui n'ont jamais dansé. J'adapte ma chorégraphie au niveau général en regardant ce qu'elles savent faire. Mais que ce soit des danseuses confirmées ou non, les chorégraphies, les mouvements de la danse "Cabaret Jazz" sortant des sentiers battus, tous le monde se retrouve d’égal à égal et c’est ça qui est génial !
Franz Von Berlin : Tu fais quelque chose à côté ?
Claire Vasseur : Oui, je me produis entant qu’artiste New Bulesque sous le nom de Dynamita Kommando Je suis actuellement en pleine création avec Claude Chalopin sur un duo Les Frangines à Cran dans une pièce de théatre dansée et chantée ! Et je me suis associée avec Mademoiselle Loison pour nos Ateliers de Théatre & Cabaret Jazz’ mélant la danse, le travaille scénique, la mise en scène et l’improvisation par des exercices ludiques.
Je prends aussi des cours de comédie quand je peux car c'est très important pour agrémenter mes chorégraphies.
Franz Von Berlin : Tes élèves qu'est ce qu'elles veulent après ?
Claire Vasseur : Elles ne cherchent pas spécialement à monter sur scène. Mais je leur décris souvent l'ambiance d’une scène de cabaret donc ça donne envie à quelques unes de s'y tenter. Certaines viennent pour s’épanouir, tout simplement pour le plaisir.
Franz Von Berlin : Dans les reportages télé, tu insistes beaucoup sur le fait que les filles doivent se sentir féminines. Est-ce que ton cours de danse c'est plus qu'un cours de danse ?
Claire Vasseur : Oui je leur conseille toujours de porter des vêtements qui mettent en valeur leurs jambes mais aussi d'être coiffées et maquillées. Ceci n'est pas habituel pour un cours de danse où on aime plutôt être à l'aise. Donc elles mettent tous leurs atouts en avant. Elle se voit donc de manière différente ce qui leurs permet d’interpréter pleinement leur personnage.
Franz Von Berlin : C'est quoi la différence entre cabaret et burlesque pour toi ?
Claire Vasseur : Le burlesque il y a un côté dérisoire, amusant qui fait rire. C'est décalé. Il faut que ce soit drôle et rigolo. Le burlesque se retrouve même dans le théâtre. Le cabaret est un terme générique et on le retrouve également dans d’autres disciplines.

Franz Von Berlin : Pourquoi Dynamita Kommando ?
Claire Vasseur : J’ai eu 30 ans en mars dernier et j'ai décidé de changer de nom. On m'appelait Bobo Culbuto au Crazy Horse. Là bas ça passait très bien mais en dehors du crazy les gens m'appelaient bobo. Ce qui sonne beaucoup moins bien. Je ne voulais pas garder mon vrai nom car quand tu montes sur scène, tu te sens différente donc c'est important d'avoir un autre nom pour se glisser plus facilement dans la peau de son personnage. J'ai donc choisi Dynamita Kommando pour le côté impulsif.
Franz Von Berlin : As-tu d'autres projets bien définis ?
Claire Vasseur : Je vais continuer les stages de danse Cabaret Jazz dans d'autres villes de France. Commençant par Grenoble en partenariat avec Emilie Loison. Je risque donc de continuer sur Amiens, Lyon et Marseille... avec dans chaque ville une ambassadrice. Mais j’espère aussi mener à bien ma carrière solo et mes projets de comédies musicales burlesques avec certains artistes mais je n’en dis pas plus !!!!
Franz Von Berlin : Un dernier mot ?
Claire Vasseur : Un grand merci à Beburlesque pour cette interview !
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