Bart & Baker
Chris Do Carmo : Première question, êtes-vous burlesque ou pas?
Bart Sampson : Je pense que nous sommes "burlesques", dans le sens où notre définition du burlesque suppose l’association d’une pointe de nostalgie avec une pointe d’ironie, un peu comme dans nos choix musicaux. Nous reprenons des musiques anciennes et nous y rajoutons notre petite touche personnelle, quitte à dérouter les puristes.
Jo Baker : Comme pour les artistes de cette scène très active, nous prenons plaisir à travailler les petits détails... Par contre, nous ne pourrions pas vivre « burlesque » ou « vintage » en permanence, car nos racines de DJs puisent à d’autres sources et par principe artistique, nous essayons de ne pas nous focaliser sur un univers en particulier.
CDC : D'où vient votre passion pour le Retro?
BS : De mon coté, j'ai toujours été passionné par les vieux films en noir et blanc, Fritz Lang ou Max Ophüls par exemple sont mes cinéastes de références ... Je suis également féru d'histoire, et j’aime toujours comprendre l’impact d’une époque sur sa société et sa culture et ce qu’il en reste ensuite.
Musicalement, nos deux « background » ont aidé à créer notre marque sonore. J'ai acquis une culture solide de la première scène «house » des années 90. J'ai d’ailleurs traîné Baker dans une des dernières grandes soirées mythiques de New-York, "Body and Soul", une soirée qui nous a convaincu que les mélanges réussis de musiques (soul, disco, world et house) et de public (tout âge et toute origine s’y croisaient) étaient possibles.Pour être franc, je n'avais pas au départ de connaissances de la musique Swing ou Vintage même si j’appréciais les crooners et le monde du music-hall.
D’ailleurs quand nous avons commencé à tester notre univers musical en 2002, notre programmation swing était un peu plus "pauvre" qu’aujourd’hui et puis elle s’est affinée petit à petit à mesure que notre collection de disque s’épaississait ! Quand nous sommes allés au premier Apéroswing du Divan du Monde, on a eu un choc et on est tombé amoureux de ce style et on a essayé de l’incorporer plus fortement à notre programmation qui était davantage Jazz et Lounge jusqu’alors.
Aujourd’hui, nous choisissons nos musiques à la manière d’un blind test. Chacun de nous deux propose des idées de musique et quand cela nous plaît à tout les deux, le morceau rentre en programmation.
Concernant le phénomène du « retour du rétro », je ne peux pas m’empêcher de penser que cela traduit aussi une certaine incertitude sur l’avenir et le retour à un certain conservatisme dans les règles sociales. D’un autre côté, après avoir été un peu trop loin dans la liberté des mœurs, il traduit également l’envie de revenir à des rapports humains simples et élégants, et cela suffit à nous y faire adhérer.
Pour finir sur une touche d’ironie, ce que nous aimons dans le mouvement vintage, c'est que finalement les vêtements y sont plus jolis, plus résistants et relativement moins chers que des habits dits "à la mode". Il n’y a qu’à comparer le prix de la dernière Nike avec des jolies chaussures en cuir vintage !
CDC : D'où viennent vos noms de scènes ?
BS : Moi Bart Sampson, c'est tout simple…j'aime bien Bart Simpson, son petit coté teigneux…et qui finalement malgré toutes ses bêtises est apprécié par ses proches.
Jo Baker : Ma famille a fréquenté Joséphine Baker quand j’étais enfant et j'ai même failli devenir son 13ième petit « orphelin »…sauf que je n’étais pas orphelin !
J'ai fait aussi partie des équipes techniques de la Grande Epoque des revues de music-hall. Quand je travaillais aux Folies Bergère, il y avait 300 personnes chaque soir pour faire tourner la revue.
Ce qui a tué ce genre d’après moi c'est tout d’abord le Cinéma, puis la télévision qui ont remplacé la revue dans l’imaginaire du public. .
L’autre raison de leur disparition tient également à l’explosion des coûts de production. Aujourd’hui, réunir 10-15 musiciens dans une fosse d'orchestre, des chanteurs, des danseurs, des attractions, créer des décors et des costumes originaux est devenu quasiment impossible.
Le Music Hall a toujours été aux mains de fonds privés, contrairement aux Opéras qui sont subventionnés. Les Directeurs de ces Music-hall n'ont jamais voulu tendre la main aux aides publiques et c’est tout à leur honneur.
CDC : Pourriez-vous nous décrire une journée type de votre vie quotidienne ?
JB : En début de soirée nous fréquentons les Bars à Cocktails, car on aime leur ambiance et surtout discuter avec les barmans qui sont des personnages très fins et souvent érudits en Jazz. Il nous arrive aussi d’aller au théâtre ou au concert.
Paradoxalement, pour des Djs, on ne sort pas trop la nuit. On a besoin de toute notre énergie pour nos soirées donc…on dort beaucoup et on essaye d’avoir une vie saine. C'est l'avantage des cocktails, on est obligé de les boire en dehors de chez soi ce qui évite l’accoutumance…
BS : De mon côté, je passe au moins une heure par jour à chercher de la musique chez les disquaires ou via Internet.
Si Baker est très pointu et sais en général ce qu’il cherche, de mon coté, je "scanne" du regard des milliers de titres par semaine…pochettes, infos, labels et producteurs, au bout d’un moment cela devient un vrai jeu de pistes mais qui reste toujours aussi excitant après plus de vingt ans de « digging ».
Par exemple aujourd'hui j'ai découvert un album des Kinks qui faisait des reprises de morceaux vintage des années 30 comme « Baby Face ». J'ai déjà hâte de l'écouter.
JB: De mon coté, je suis plus « vinyl » et je me fais surtout guidé par les noms des orchestrateurs. Par exemple quand je vois le nom de Nelson Riddle ou Don Costa sur les crédits d’une disque je sais que je ne vais pas être déçu, d’autant plus si le disque à été enregistré en Phase4 Stéréo.
CDC : Avez-vous toujours été dans la musique ?
Je ne viens pas d’une famille de musiciens mais j’ai été DJ en radio pendant mes études à Londres et dans des bars Parisiens dans les années 90. J’ai collaboré à une maison de disques et j’ai même écrit des chroniques de disques dans quelques journaux.
JB : J'ai été élevé avec la musique classique que j’ai ensuite rejeté violemment pour finalement tomber amoureux du music-hall qui tout en reprenant les codes classiques les adapte avec plus de liberté et de fantaisie, mais avec le même sens de la perfection.
CDC : Que pensez-vous des cachets artistiques pour les soirées ?
JB : Au risque de nous faire des ennemis en disant cela, on trouve que les Djs sont souvent trop payés au regard de ce que gagnent parfois les artistes vivants ou même les attractions de Music Hall.
C’est pour cette raison que nous faisons très peu de soirées privées, car cela nous paraît parfois indécent d’être « booké » alors qu’il y a beaucoup de formations de jazz qui cherchent péniblement des engagements. Nous essayons quand cela est possible de mettre en relation nos amis artistes avec les organisateurs.
Au fur et à mesure des années, nous essayons d’être de plus en plus indépendants vis-à-vis des lieux qui nous programment et essayons de dépendre surtout de notre public qui nous est fidèle et nous force à être exigeant.
Au final, nous essayons de produire des événements qui nous permettent de faire intervenir les musiciens et interventions artistiques que nous apprécions.
CDC : Vos costumes vous dictent un peu l'ambiance de vos soirées ?
BS : (rire) L’idée de porter des queues de pie vient de Baker et m’a tout de suite séduite car j’ai toujours détesté être dans la norme. Je portais des culottes Tyroliennes au Lycée par exemple….
L'idée des costumes vient de Baker qui trouvait intéressant de créer un choc visuel avec le public, comme une sorte de « quitte ou double »...du coup souvent les gens qui rentrent dans les endroits ou nous jouons et qui ne nous connaissent pas encore se demandent vraiment qui sont ces deux pingouins, vieux et chauves et se donnent 5 minutes pour décider de notre sort…..ce qui est amusant c’est quand ils restent finalement toute la soirée et qu’ils viennent nous dire à la fin que c’était très bien comme si ils s’excusaient d’avoir pensé que nous étions ringards et incapables de faire bouger des danseurs.
JB : Je confirme tout ! Pour faire simple on lutte contre l’esprit de corps et l’idée souvent convenue qu’il faut être dans un certain moule pour faire certaine chose. On n’y croit pas du tout… Encore un truc pour nous faire acheter ce dont on n’a pas besoin !
CDC : Y a t'il d'autres DJs de votre style, esprit, les avez-vous déjà rencontrés ?
CDC : Vous avez animé une soirée au Festival de Cannes, avez-vous des endroits dans lesquels vous rêveriez de mixer ?
Ce sont des lieux de brassage cosmopolite. Sur un bateau, on peut encore voir des gens bien habillés, sirotant des cocktails dans des piano bars.
BS: A part cela, nous n'avons pas de désirs particuliers. Depuis 2002, nos choix se sont décidés sur des rencontres et nous avons toujours pris soin de ne pas nous installer dans une « branchitude » un peu vaine à nos yeux. Quand on rencontre des peoples c’est toujours par hasard et dans des endroits où ils ne traînent pas pour finir étalés le lendemain dans les pages VIP.
Pour prendre l’exemple de la soirée du R’Yves (Marriott), nous avons aimé l’atmosphère de l’endroit, l’accueil souriant du personnel. On a envoyé une demande à la Direction et un an et demie plus tard ils nous ont contacté….
Un point important concerne les programmateurs car si nous aimons les lieux, il faut aussi que le programmateur comprenne notre démarche. C’est Edouard Rostand qui nous a fait débuter et je pense que c’est celui qui nous connaît le mieux pour toujours savoir nous proposer des choses qui collent à notre univers.
JB : Récemment on nous a proposé de jouer aux Folies Bergère, et je ne pouvais pas, j'y avais déjà travaillé et je ne voulais pas trahir le lieu. Je crois beaucoup aux fantômes...
CDC : Dans vos actualités, quelles sont les prochaines surprises ou confirmations que vous nous préparez ?
BS: Notre prochaine soirée au Marriott, sera sur le thème "Around the World", nous souhaitons exprimer la diversité musicale et artistique. L’hôtel met à la disposition du public en plus de ses salons et de sa salle de danse un cinéma de 140 places qui va nous permettre de projeter documentaires musicaux, courts-métrages burlesques, installations vidéo. Il se déroulera en tout début de soirée un « anachrolove speed dating » vintage et des dégustations de l’étonnant cocktail « Tea Martini » d’Hendrick’s, Leela Petronio, une danseuse de claquettes va nous faire un show époustouflant. Nous aurons nos amis de Brotherswing et leurs danseurs, notre ami Tommy Dollar et son mini big-band, une expo photo de Dimitri Lepretre…un salon de dégustation d’absinthe et nous bien sûr !
CDC : Si vous étiez une gourmandise, laquelle seriez-vous ?
BS : J'adore le saucisson à toute heure et nature !
JB : Moi le Baba au Rhum.... le seul moment où j’apprécie le Rhum !
CDC : Est-il possible de vous imaginer vivre dans une autre ville, si oui laquelle, sinon pourquoi ?
JB : Nous avons beaucoup de chance de vivre à Paris. Il y existe une grande diversité des lieux culturels et pas encore trop de dictature financière…
JB : Il nous arrive de faire des pseudos retraites dans des hôtels -même dans Paris - pour avoir du recul. Nous sommes au calme cela nous fait du bien.
JB : Ce que j’aime bien, c’est quand dans une soirée, les gens discutent, et soudain ils entendent un morceau que nous jouons et détournent le regard pour nous regarder. Cette marque d'attention me touche.
C’est également sympa quand le personnel d’un lieu nous dit à la fin d’une soirée qu’il a aimé la programmation.
CDC : Souhaitez-vous passer un dernier message aux visiteurs de beburlesque.com ?
Dans cette communauté, nous continuons à rencontrer beaucoup de gens attachants. Nous le savions déjà, mais avons eu la confirmation qu’il est à l’inverse de la vulgarité et qu’il est fait de rapports humains parfois complexes mais qui respirent l’énergie créative !




